Mardi 6 avril 2010
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16:56
Je fus spectateur ces derniers jours d’une quantité tristement faible d’événements savoureux. Vous savez, ces petits
imprévus printaniers, inattendus croustillants comme l’est la bouchée du croissant chaleureux après la sodomie matinale.
Pour s’offrir une nouvelle rasade de fraîcheur, mon âme de poète frustré a du attendre patiemment que je réintègre mon
érectile train de banlieue et ses fidèles effluves de bonne urine deux ans d’âge.
Je pressentais que les rails de l’angoisse allaient me glisser la divine inspiration et m’extraire du lancinant dilemme
du remplissage (avoir quelque chose à raconter dans les batailles d’égos qui font offices de réunions sociales avec des gens).
Grâce au hasard (premier concurrent de Dieu sur les nominés aux faits inexpliqués), chance m’a été donnée d’assister
aux premières loges à une chute de vieux dans le bien nommé train du Réseau Express (mais pourquoi ?) Régional A. En passant, savez-vous pourquoi il s’appelle « A ». Une simple
illustration suffit :
- « En raison d’un incident voyageur, le
trafic est très fortement perturbé dans les deux sens de circulation. Merci de votre compréhension ».
- « Ah... »
Qu’est-il arrivé au vénérable passager ? Ses jambes l’ont lâché, provoquant un début de chute latéral à une
vitesse équivalente au ralenti TV d’un but manuel de Thierry Henry. Ce glissement impromptu m’a empêché de finir mon chapitre, vu que j’étais son voisin de droite et que ce côté coïncidait avec
celui de sa chute (le hasard vous dis-je). Bien lui en a pris, car j’ai ainsi eu le temps de le rattraper et de lui proposer gentiment, non pas un footing (je le sentais pas chaud chaud, là),
mais de l’aider à s’extraire du troupeau pour rejoindre le quai et appeler les pompiers (qui sont désormais en possession d’une carte de fidélité RATP toute mignonette : tous les 50 morceaux
de corps ramassés, un steak haché Picard est livré à domicile. Au bout de deux cartes remplies, un puzzle 1500 pièces, oaaaah…).
Non mais je fais le mariole mais j’avais l’air bien con, avec le pauvre type à bouts de bras qui faisait une tête un
peu dans le genre « je suis en train de mourir en ayant très mal » au milieu d’un patchwork d’étrons apathiques qui me regardaient galérer, si l’on fait exception d’un brave compère de
galère qui lui tenait l’autre versant. Autant dire que j’ai accueilli Chatelet et ses gilets jaunes à bras ouverts (au figuré, sinon le vieux serait tombé) qui ont pris la situation de jambes en
main. Et de fort belle manière.
Non mais c’est cet enfoiré de hasard qui m’a puni. La veille j’avais sorti « ils disent toujours incident
voyageur, mon cul. En trois ans j’ai jamais vu un seul problème de visu ».
Vivement un diner mondain pour la sortir à l’apéro celle-là.